L'histoire de La Plagne
Les quatre premiers chapitres de ce récit ont été entièrement corrigés et complétés, grâce à plus de 22 heures d'entretiens menés cet été, en partenariat avec Agnès et Alain Le Masson. Je remercie Edmond Blanchoz, Edmond et Suzette Broche, Monique et Raoul Bugny, Ginette Crétier, Michel Frybourg et son épouse, Max Jannot, Josiane Labertrande, Maurice Loyet et son épouse, Carolyne et Lucile Marin, Sophie Murzilli, Alice et Lulu Ougier, Laurette Paviet, Jean Robino, Alfred Ruffier des Aimes, Mario et Hélène Talenti, Gilbert Vivet-Gros et Patrice Weiss, ainsi que les témoins de l'été 2008, pour leur accueil et leurs témoignages.
La “Chronique de la station au Bonnet rouge” est en cours de réécriture.
Je dédie ce récit à la mémoire d'Edmond Blanchoz, qui m'a reçu à plusieurs reprises et m'a donné accès à une partie de ses archives personnelles.
La Plagne... avant La Plagne • La Plagne à l'heure des mines • Pierre Borrione, le créateur de La Plagne • La grande aventure • Chronique de la station au Bonnet rouge : les années 1960 • Les années 1970 • Les années 1980 • Le Bief Bovet, 700 ans de conflit entre Aime et Longefoy • Mars 1944 : le parachutage d'armes de La Plagne • A lire • A voir
La Plagne... avant La Plagne
Sur la commune de Macot, à 2000 mètres d'altitude, au cour d'un cirque montagneux se situe le lieu-dit “La Plagne”. C'est un nom très répandu en Savoie qui désigne un alpage plat. La “Montagne” n'a pas toujours été ce lieu recherché où l'on se presse pour admirer les paysages. Elle a longtemps effrayé, et l'on n'y montait que par nécessité : c'était un lieu de travail avant de devenir un lieu de loisirs et de détente.
Vue du Dou du Praz en 1964
Au pied de cette “Montagne de La Plagne”, dans ce petit coin de la vallée de la Tarentaise, se trouvent quatre communes : Aime, le chef-lieu de canton, Macot, Longefoy et Bellentre, qui totalisent 3200 habitants en 1954. Depuis des siècles, leur économie repose sur deux piliers essentiels : l'agriculture pastorale et l'exploitation forestière, auxquelles s'ajoutent au 20e siècle les activités minières et industrielles.
Les habitants ne possédaient souvent que quelques bêtes (un cochon, une chèvre et des vaches) et les quelques arpents de terrain nécessaires à l'autosuffisance alimentaire. Alice et Lulu Ougier, se souviennent qu'à Macot “tout le monde avait au moins deux vaches” et “que les plus gros paysans n'en avaient pas plus de dix ”. Dans la plupart des communes de la vallée, les habitants vivaient la majorité du temps au village, et ne montaient en altitude que pour accompagner les bêtes. Une vie “entre les vaches” selon l'expression de Monique Bugny. Comme beaucoup de filles, Lucile Marin et Josiane Labertrande (nées Regazzoni) s'occupaient des bêtes avant et après l'école. Elles se souviennent de leur journée type : “à 6 heures du matin on devait déjà être debout, et la première chose qu'il fallait faire c'était de sortir le fumier des vaches. Vers 8 heures on mangeait vite, puis on descendait à pied à l'école pour 8h30, avant de remonter à 11 heures. A midi, on mangeait une grosse gamelle de lard, on faisait la vaisselle, et on remplissait le râtelier des vaches avant de repartir à l'école. En rentrant le soir, on traînait, car on savait qu'à la maison il y avait du travail : il fallait traire notre dizaine de vaches, apporter le lait à ceux qui nous l'achetaient, s'occuper du potager... Et le lendemain on recommençait ! Je me demande comment on faisait !” Quand les travaux agricoles étaient moins prenants, le ski était leur principale distraction.
Au plus fort de l'hiver, les vaches restaient en vallée et ne montaient dans les hameaux en altitude qu'aux premiers signes du printemps. Les alpages ne s'animaient vraiment qu'entre la Saint-Jean (24 Juin) et la Saint-Michel (29 Septembre), lorsque le troupeau communal y était rassemblé sous la garde de bergers. Cette montée, appelée la “remue” (ou le fait d'“emmontagner” les troupeaux), était d'ailleurs un événement. Le troupeau de Macot, formé de 200 vaches en 1950 était réparti sur les alpages de La Plagne et de la Forclaz, propriétés exclusives de la commune au dessus de 1800 mètres. Le lait de toutes ces bêtes assemblées, “fruit commun” du travail des paysans, servait à la fabrication du Beaufort, par un fruitier recruté et payé par la commune. La “pesée”, le moment le plus important empreint d'un certain cérémonial, rassemblait tous les propriétaires. Comme il était impossible d'évaluer chaque jour la production laitière de chacune des bêtes, on procédait à une mesure lors des deux traites quotidiennes à la Saint-Jacques (25 Juillet). Chaque propriétaire était rémunéré en fonction de la production laitière de ses bêtes ce jour-là. Telle était la vie pastorale traditionnelle en Tarentaise.
Le bois était l'autre ressource de ces communes. A Macot, les 900 hectares de mélèzes et d'épicéas commencent à être exploités au 18e siècle. Dans les années 1950, il y avait une vingtaine de scieries dans le canton, dont celle de Gilbert Vivet-Gros, “une petite entreprise de 7 ou 8 compagnons qui marchait bien”. Chacune des cinq scieries de Macot embauchait au minimum “3 ou 4 ouvriers, plus une vingtaine de bûcherons” précise Lulu Ougier qui “faisait du bois” dans sa jeunesse.
Dès l'arrivée du chemin de fer, au début du 20e siècle, les activités minières et industrielles prennent une place de plus en plus importante dans l'économie du canton. La mine de charbon de Bonnegarde, les usines électro-métallurgiques de Moutiers, de Pomblières, de Notre-Dame de Briançon, et la mine de plomb argentifère de La Plagne, fournissent un complément de revenu à une part croissante de la population active. Car dans beaucoup de foyers ces activités étaient complémentaires : on était à la fois paysan, mineur et bûcheron aux rares heures perdues.
Dans la vallée, la vie était d'une dureté que l'on a peine à imaginer aujourd'hui, et la misère présente dans beaucoup de foyers de ces villages isolés. La “ville” moderne, c'était Aime, avec ses hôtels, sa maternité, sa gendarmerie, ses écoles, et bien sûr sa gare. Michèle Lauvergniat, dont les parents tenaient l'Hôtel des Alpes, rappelle que l'été la fréquentation touristique était déjà importante dans les années 1950 : “l'hôtel était plein, on travaillait beaucoup, car nous avions des pensionnaires qui restaient parfois un mois.”
Entre les habitants de ces communes, les tensions étaient extrêmement fortes. Si les souvenirs des rivalités du passé, comme celles liées au Bief Bovet, s'estompaient, les jeunes trouvaient sans cesse des prétextes pour se bagarrer : “tous les dimanches c'était la castagne à cause des filles !” se souvient Lulu Ougier. Pour Maurice Loyet, natif et ancien maire de Longefoy, “entre les jeunes de sa commune et ceux de Macot, ce n'était pas la même mentalité. Se battre était une question d'habitude. Avec la mine sur place, ils avaient plus d'atouts que nous, et ça créait une sorte de jalousie”. Partout dans le canton, la réputation des Macotais était épouvantable : les Aimerains les voyaient comme des buveurs et des bagarreurs invétérés, comme si l'Isère marquait la fin de la civilisation ! Des conflits opposaient Aime et Macot, Aime et Longefoy ou encore Macot et Bellentre... Le partage de l’eau avait été, là aussi, source de conflits. On rappelait souvent l'histoire de “l’eau de la Dhui”, lorsque les Bellentrais ou les Macotais déviaient nuitamment le cours du bief séparant les deux communes à l’aide de cailloux. On raconte qu’un soir, les Macotais firent monter le curé de Bellentre pour recueillir son avis et les départager. L’un d’eux, caché dans un arbre, aurait imité la voix de Dieu pour l'influencer dans son jugement. Les anecdotes de ce genre sont nombreuses. Gilbert Vivet-Gros affirme qu'il y avait “de vraies frontières” entre toutes ces communes, ce qui rend d'autant plus audacieux le pari du créateur de La Plagne.

La Plagne à l'heure des Mines
En 1807, un maçon nommé François Pélissier redécouvre une galerie de mine à La Plagne, où l'on avait perdu toute trace des mines de plomb argentifère depuis le 15e siècle. L'exploitation du gisement reprend sous la direction de Jean-Godefroy Schreiber, directeur de l'École des Mines de Moutiers, jusqu'à la chute du Premier-Empire. La Mine va ensuite changer de direction au gré des vicissitudes politiques européennes. L'exploitation est interrompue jusqu'en 1901, avant de reprendre et de s'amplifier sous le contrôle de la Compagnie Peñarroya en 1934.

Premier cadastre français de Savoie de 1870 | © Conseil Général de Savoie
Les Mines de La Plagne ce sont deux sites : La Roche et La Plagne. Pour Edmond Broche, qui a vécu et travaillé à La Plagne, c'étaient deux mondes à part et des conditions de vie bien différentes : en bas habitaient “la plus grande partie du personnel du jour” et en haut “les gars qui travaillaient au fond”.
A La Plagne, le minerai de plomb argentifère était extrait des galeries dont l'altitude variaient entre 1765 et 2000 mètres. L'entrée principale de la Mine, celle de la galerie Charles-Albert, se situe aujourd'hui dans la station de Plagne 1800. Le minerai sortait à Plante Melay, 80 mètres au-dessous, puis il était chargé dans les bennes d'un téléporteur (les gens du pays l'appelaient “le câble”), qui descendait à La Roche jusqu'à “la laverie”. Là, le minerai était concassé, broyé, trié par flottation (un procédé chimique permettant de séparer les différents composants), et filtré. Enfin, il était descendu à Bonnegarde (au-dessous de Macot) par un autre téléporteur. Au 19e siècle, avant que le procédé soit mécanisé, un canal permettait de transporter le minerai et le tri était effectué par des femmes.
Le Docteur Borrione avait des mots durs pour la Mine : un “enfer”, un “cimetière d'hommes”. D'ailleurs les jeunes Savoyards avaient progressivement délaissé le travail au fond car le saturnisme et la silicose faisaient des ravages. Ils étaient bien peu nombreux à dépasser la cinquantaine. “On voyait à peine briller les lampes à carbure à cause de la poussière”. De la poussière partout, voilà le souvenir que Lulu Ougier a de la Mine, dans laquelle son père, chef mineur, l'a emmené petit : “les gars ressortaient de là blancs, comme s'ils s'étaient roulés dans la farine.” L'utilisation d'eau assainira l'air, mais n'évitera pas la silicose. “Les plus costauds mourraient en premier” : ils abattaient plus de travail et par conséquent respiraient davantage de poussière. La visite médicale était pour certains l'annonce d'une mort prochaine, comme celui à qui le médecin avoue : “pour vous guérir il faudrait passer vos poumons au marteau piqueur ! Vous êtes foutu !” Mais la Mine, dont l'activité ne diminuait pas, avait besoin de davantage de bras. Elle avait fait appel à une main d'ouvre étrangère, devenue majoritaire dans les années 1950. A La Plagne s'était donc établie une forte communauté Maghrébine qui vivait dans un ensemble de bâtiments baptisé “Constantine” (la troisième ville d'Algérie) par le facteur Adrien Montmayeur.
En plus des conditions de travail à la Mine, la vie quotidienne était extrêmement difficile. Edmond et Suzette sont montés en Octobre 1953. Edmond était “chauffeur et s'occupait de tout ce qui touchait au transport”, notamment du ravitaillement, des matériaux, ou du déneigement de la route. Les 150 habitants de La Plagne souffraient de l'isolement, “coupés du monde” à cause d'une route quasiment impraticable, mais aussi du froid. “Au début il n'y avait pas de chauffage central, nous avions 0° dans la chambre, et du givre sur les murs... C'est avec la cuisinière que l'on chauffait les appartements, mais la Compagnie nous donnait à peine assez de charbon.” L'alimentation en eau était très insuffisante : “nous n'en avions pas la moitié du temps ! Alors en hiver, on remplissait tous les ustensiles disponibles avec de la neige pour avoir un peu d'eau le lendemain”. Sans oublier le bruit “des compresseurs, au moins 16 heures par jour !” et la neige qui tombait parfois en abondance : “devant notre maison, il y avait régulièrement de la neige jusqu'au balcon et nos voisins avaient fait une galerie couverte”. Lulu Ougier se souvient “qu'on entrait dans l'école par un tunnel” et qu'on pouvait sortir des bâtiments “par la fenêtre de l'étage !”
Et pourtant en dépit de ces difficultés, il y avait à La Plagne une vraie solidarité. “Ma femme a pleuré pour monter, mais quand elle est descendue 18 ans après elle a pleuré aussi. On a fini par regretter la vie là-haut.” Suzette évoque la solidarité entre femmes, au delà de la barrière de la langue ou de la religion : “on était bien obligés de se serrer les coudes !” Pour Lulu Ougier “c'était la belle vie là-haut ! Les gens avaient plus d'argent qu'à Macot.” “Ils aimaient leur métier. On leur aurait dit d'aller travailler ailleurs, ils auraient refusé, car ils gagnaient beaucoup plus” note Paul Broche, qui gagnait 900 Francs par mois en 1965 et avait des avantages en nature conséquents. Edmond Broche se rappelle de sa paye : “c'était correct, car on était chauffé, logé et éclairé.”
A La Roche la vie était plus facile qu'à La Plagne : “les conditions de vie n'avaient rien à voir. Ils étaient plus près du bon dieu comme on dit !” se souvient Edmond Broche. La Roche c'était le monde du traitement du minerai, celui de la “laverie”, là où les bureaux de la Société des Mines étaient installés. “Nous étions logés dans le chalet de direction. Les employés étaient éparpillés autour, il y avait beaucoup d'Italiens. Mon père avait le téléphone et la voiture, une Hotchkiss.” se souvient Juliette Reibell, dont le père a été directeur de la Mine de 1950 à 1952. Edmond Broche était également le chauffeur personnel du Directeur : “il n'hésitait pas à m'appeler, il savait où j'étais, jour et nuit. Les premières années, il ne voulait pas que je m'absente, mais au bout d'un moment je lui ai dit que je ne pouvais pas être tout le temps à sa disposition !”
La Roche et La Plagne étaient deux vrais villages, avec leurs équipements, leurs fêtes et leur solidarité propre. Il y avait une école à La Roche et une à La Plagne, qui ont compté chacune entre une dizaine et une vingtaine d'élèves selon les époques. En 1971, les deux écoles à classe unique ferment et les élèves sont transférés vers le nouveau groupe scolaire de Plagne Centre.
En haut comme en bas, le principal lieu de vie était la “cantine” à la fois restaurant, bar et épicerie d'appoint, où les habitants aimaient se retrouver. Celle de La Roche a longtemps été tenue par Mme Lasserre et son mari. Pour Lucile Marin, “c'était un lieu de rencontre familiale, où on dansait, où on écoutait jouer de l'accordéon. Il s'en est passé des choses !”
Ces deux mondes communiquaient peu malgré la proximité : “on n'avait pas tellement l'occasion de se voir” se rappelle Suzette Broche, “mais il n'y avait pas d'animosité”. Pour Lucile Marin au contraire, les enfants des deux hameaux “ne s'entendaient pas”, notamment lorsque “l'instituteur ou l'institutrice de La Roche était malade” et que les enfants allaient “à pied à La Plagne” pour la classe. Qu'il y ait eu ou non des rivalités ou des jalousies, il n'y avait que peu de relations. D'ailleurs aller d'un site à l'autre relevait de l'aventure car il fallait emprunter une “route” dont la pente variait de 15 à 30%. On pourrait parler de cette route pendant des chapitres entiers ! Elle était vitale pour la Mine et elle devait rester ouverte jour et nuit, 365 jours par an “car c'était le seul lien avec l'extérieur, et nous n'étions pas à l'abri d'un blessé ou d'un malade qu'il aurait fallu évacuer en urgence. Il est arrivé, lors de grosses chutes de neige, que tous les ouvriers de la Mine sortent pour aider au déneigement” se souvient Edmond Broche. “En bonne saison il fallait en boucher les trous, et en hiver il fallait l'ouvrir. Et ça n'était pas du tout le matériel de maintenant !”
Pour descendre de La Plagne à La Roche on pouvait se faire transporter par la jeep de la Mine que conduisait Edmond, par exemple pour aller prendre le car d'Aime au départ de La Roche. “Je descendais aussi les femmes enceintes à la maternité d'Aime. Il n'y avait pas 50 solutions ! L'été ça secouait drôlement dans la jeep, et quand elles arrivaient à Aime, elles n'étaient pas longues à accoucher !”
En dehors des contacts professionnels, ou des rencontres rapides en attendant le car, il n'y avait guère dans l'année que deux occasions de se retrouver pour les habitants du haut et du bas. La première était la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs qui était fêtée le 4 Décembre, un jour chômé pour tous. “Quelque chose d'extraordinaire” pour Edmond Broche. “Tout se déroulait à la cantine de La Plagne, jamais à La Roche (sauf la messe de temps en temps), car c'était la fête de la Mine. Il y avait un bon repas et un bal le soir. A la fin de la journée, on réglait les comptes...” “Ca finissait en beuveries et de temps en temps ça castagnait” ajoute Paul Broche. Lucile Marin se souvient “d'une grande fête qui rassemblait tous les ouvriers. C'était sacré !” Carolyne Marin revient sur ces moments avec une certaine nostalgie : “on était gamins, on n'y comprenait rien mais on adorait ! Le patron jouait de l'accordéon ou de l'harmonica jusqu'au matin...”
Quelques semaines après c'était l'arbre de Noël : “tous les enfants montaient à la salle des fêtes de La Plagne. Le comité d'entreprise de la société offrait beaucoup de cadeaux, de beaux jouets” se souvient Edmond. Le reste de l'année, la Mine offrait d'autres loisirs à ses employés, et notamment une séance de cinéma hebdomadaire dans les salles des fêtes, les samedis et les dimanches en alternance entre La Roche et La Plagne. Un luxe pour l'époque, beaucoup plus rare à Macot : “peut-être une fois par mois, mais plus sûrement aux grandes occasions, quand on poussait les tables du bar, chez Marc” note Robert Astier. Un exemple très précis qui souligne encore la différence entre la vie en vallée et la vie à la Mine...
La vallée, on n'y descendait peu avant l'ouverture de la route de La Plagne en 1962. “Notre mère descendait deux fois par an” se souvient Lucile Marin. Pourtant, il y avait un car entre La Roche et Aime cinq fois par semaine (du lundi au vendredi) que conduisait Charles Broche, le père d'Edmond et de Paul. Les places étaient comptées : “il fallait réserver et elles étaient données au compte-gouttes. Nous habitions aux Mairiers (au-dessus de La Roche), donc nous n'en avions pas les 3/4 du temps” se souvient Josiane Labertrande. Edmond Broche assurait la correspondance avec le car : “pour La Plagne nous avions droit à quinze places. Les gens s'inscrivaient au bureau, et j'amenais les cinq premiers jusqu'à La Roche, dans l'ordre des inscriptions. Les autres devaient descendre à pied ! Je remontais tout le monde en jeep, mais toujours dans l'ordre des inscriptions, de cinq en cinq... Pendant ce temps les autres attendaient au lavoir ou à la cantine. Il fallait bien une dizaine de minutes pour faire le trajet”.
En temps ordinaire, il n'y avait guère besoin de descendre, puisque la compagnie organisait le ravitaillement des villages grâce au téléporteur, dont les bennes remontaient de Bonnegarde à vide. Chaque famille avait un casier à lait, avec un, deux ou trois compartiments, un sac à pain en tissu et une caisse pour la viande, le tout portant une étiquette nominative. Tout le monde avait un carnet : “on marquait ce qu'on voulait, comme pain, comme viande ou comme épicerie, et le lendemain on recevait le tout. On descendait dans la vallée une fois par mois pour payer” se souvient Suzette Broche. Un employé de la Mine “était préposé pour aller faire le tour des commerçants à Aime ou Macot avec toutes les listes” et tout remontait par le téléporteur “dans les bennes couvertes, mais avec -20°... Les bouteilles arrivaient en haut avec un bouchon de 10 cm de lait gelé, et parfois le vin gelait aussi” note avec humour Edmond Broche. Le ravitaillement était ensuite distribué dans les villages. A La Roche c'est Edmond Bérard (le père d'Armand), le conducteur du téléporteur, qui s'en occupait. A La Plagne, par contre, il n'y avait pas de distribution.
Il était interdit de monter dans les bennes du téléporteur, mais comme toutes les interdictions, elle était parfois transgressée. Lulu Ougier avoue amusé l'avoir pris “en contrebande. Aux Charmettes, il y avait une station d'angle, le câble ralentissait et les bennes passaient près du sol.” C'était un moyen facile et tentant de descendre à Macot ! “On n'avait pas le droit ! Mais je l'ai pris deux ou trois fois ! Il n'allait pas vite... On avait le temps de sauter !” ajoute Alice Ougier en riant. Inconscients du danger, beaucoup prenaient le câble en marche pour monter ou descendre, évitant ainsi de longues heures de marche, jusqu'au jour où un accident fît trois morts du côté de la Grangette.
Peu d'événements ont marqué les esprits des habitants de La Roche comme l'incendie de la “laverie” dans la nuit du 31 Décembre 1950. “La mine s’arrêta durant plus de huit mois et de nombreux ouvriers furent licenciés” rapporte l'exposition initiée par Geneviève Ruffier-Lanche. “La laverie a été reconstruite au printemps” se souvient Juliette Reibell. “Au début de l'incendie, mon père est descendu sortir les bouteilles d'oxygène pour éviter que tout explose” note Josiane Labertrande. Il faut dire que le père Regazzoni était connu pour sa force physique. Pour Edmond Broche, c'était “un Hercule, il faisait huit heures à la mine et en faire huit ailleurs ne le dérangeait pas !”
Et le sport dans tout ça ? “On skiait tous les jours, dès qu'on sortait de l'école. On montait à pied au Saint-Jacques pour skier, mais quand vous montez de La Roche, vous ne montez pas deux fois par jour !” raconte Armand Bérard. La Mine organisait des randonnées pour les jeunes : “on partait toute la journée, avec les peaux de phoque” ajoute Josiane Labertrande. Il y avait un téléski à La Roche, construit pendant la Guerre par Martinod, chef ingénieur de la Mine, et dont on peut encore voir le pylône d'arrivée au début de la route des Mairiers. Il fonctionnait tous les jours, “on le mettait en route et on s'en occupait nous même” se souvient Armand Bérard. “Mais comme on n'était encore pas très lourds à l'époque, dans la partie centrale du téléski on était en l'air, à un mètre, un mètre-cinquante du sol” ajoute Paul Broche. “On organisait une course de ski tous les hivers, entre le Biolley et La Roche, qu'on damait à pied bien sûr. Ce jour là on bloquait la route, pour pouvoir la traverser à ski, on faisait un pont, qu'on démontait après” se rappelle Armand Bérard.
Les jeunes de La Roche et de La Plagne étaient regroupés au sein de l'USAM (Union Sportive Aime Macot), puis du “Ski-club de La Plagne”, un véritable “club des Mines”, encadré par un ingénieur et subventionné par la Compagnie, bien avant que soit créé le Club des Sports en 1962. Tous les dimanches des courses avaient lieu à La Plagne ou dans les communes alentours (Granier, Peisey-Nancroix, Valezan). Il y avait de très bons skieurs : Armand Regazzoni ou Armand Bérard figuraient régulièrement sur les podiums de la région...
Des compétitions de bob sur route étaient régulièrement organisées entre la cantine de La Plagne et La Roche. “C'était une vraie fête !” se souvient Lucile Marin. “C'est sur cette route que s'est couru en 1967 le Championnat de France de bob, remporté en bob à 2 par l'équipage dont je faisais partie avec Eugène Dao, et en bob à 4 par l'équipage Hubert Bonin, Raymond Ougier, René Clément-Guy et Fernand Bérard” se rappelle Paul Broche. “Il y avait des bosses sur cette route ! Et au fond, il y avait le ruisseau. Quand on arrivait bien lancé, c'est souvent qu'on y descendait direct !” ajoute Edmond Broche. Pour Raoul Bugny, “c'était quand même un peu dangereux cette histoire là ! Mais c'était pour s'amuser entre copains. J'ai quand même été champion de France en bob à 2, en 1962. Quand on est allé à Saint-Pierre de Chartreuse, on a eu cinq blessés, et ça m'a découragé car on n'avait pas d'assurance...”
La piste de bob naturelle a ensuite été installée à Sangot, puis à Montvilliers (à côté de Montalbert) de 1978 à 1981. Elle est revenue sur l'ancienne route de La Plagne jusqu'en 1989, puis à Sangot et enfin à Plangagnant. La luge était aussi très pratiquée, c'était un moyen de transport courant. Par exemple pour le facteur Adrien Montmayeur : il assurait sa tournée quotidienne à pied, de Macot à “Constantine” et redescendait régulièrement en luge l'hiver. “Chaque année il y avait une course communale entre La Roche et Macot” se souvient Lulu Ougier.
Cette vie aurait pu durer encore des décennies, mais confrontée à la concurrence internationale et à la baisse de son rendement, la Mine de La Plagne était condamnée à la fermeture dès la fin des années 1950. Cependant tout était fait pour faire croire aux ouvriers que l'exploitation allait se poursuivre.

Pierre Borrione (1914-1974), le créateur de La Plagne
A l'origine de La Plagne, il y a un homme : le Docteur Pierre Borrione, résistant, médecin de la quasi totalité des familles du canton, maire d'Aime de 1959 à 1971, et président du syndicat intercommunal jusqu'en 1974. Pour Max Jannot, “son autorité morale, son dévouement, ses qualités humaines et la confiance qu'il inspirait” ont été décisifs dans la naissance de la station. Il a su convaincre les maires, fédérer les énergies et s'entourer des personnes les plus compétentes pour mener à bien son projet.
Gilbert Vivet-Gros explique que, du fait de la confiance que toute la population avait en lui, Pierre Borrione était au courant de beaucoup de choses, et notamment des activités du maquis : “c'était le docteur des résistants.” Le Docteur Borrione a d'ailleurs été arrêté, mais a réussi à s'échapper. Il s'est ensuite caché dans les alpages de La Plagne, dans les dolines, changeant régulièrement de “planque”. Entre autres méfaits, les autorités de Vichy et d'occupation lui reprochaient d'avoir fait évader de l'hôpital de Moutiers Marius Bérard, “le premier résistant blessé de Tarentaise, alors qu'il effectuait un sabotage à Centron.” Mais même caché Pierre Borrione continuait à soigner ses patients, le plus souvent la nuit.
Il n'y a pas un foyer où l'on puisse entendre une once de critique à son égard : pour Edmond Broche “c'était une personne extraordinaire”. Ceux qui ont lu Frison-Roche pourraient reconnaître sans peine le docteur Coutaz. Comme lui, il n'hésitait pas à monter d'Aime pour une consultation, quelque soit l'heure ou le temps, “par devoir professionnel d'abord, par amour de la montagne et de ses habitants ensuite”. Suzette Broche se souvient “qu'un jour il est venu à La Plagne, depuis Valezan. Il était une heure du matin. Il est monté à pied de La Roche, dans la neige !” Un médecin dévoué mais aussi audacieux, le premier en France à avoir “expérimenté les vaccins contre la polio des Laboratoires Mérieux”, en faisant vacciner toute la population de Bellentre et de Macot en 1953 et 1954.
Patrice Weiss, qui a participé à un grand nombre de réunions municipales sur le budget, se souvient d'un homme “d'une immense sagesse, qui connaissait les qualités et les travers de tout le monde, et notamment de ses adjoints. Il savait aplanir les conflits. Chaque année, lors de la discussion du budget, la subvention au curé était le clou de la soirée. Il laissait discuter son conseil. Et bien sûr, entre les laïcs sanguins et les grenouilles de bénitiers, c'était un moment de bravoure ! Une fois qu'ils s'étaient tout dit, Pierre Borrione trouvait un compromis.” De la même façon, mettant fin à des décennies de conflit, il avait réussi à trouver un terrain d'entente pour le partage de l'alpage du Bozelet entre les paysans d'Aime et ceux de Macot.
Pierre Borrione était également un homme d'une grande culture, il s'est beaucoup investi dans les recherches historiques concernant la région, mettant en valeur un passé souvent oublié. Il était membre de l'Académie de La Val d'Isère, fondateur de la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime, et du musée archéologique qui porte aujourd'hui son nom.
Le Docteur Borrione est élu maire d'Aime en Mars 1959 : “il n'a pas fait de campagne, il a été sollicité pour être maire”, se souvient Gilbert Vivet-Gros. Il déclare en Mai : “nous habitons une région privilégiée, agréable, où, semble-t-il, il fait bon vivre. Et pourtant la vie s'étiole. Notre bonheur n'est qu'apparent et la misère se cache dans nombre de nos villages. Nos communes se dépeuplent, nous allons tout doucement vers l'agonie”. C'est avec la volonté chevillée au corps de sauver la vallée de la désertification, que le Docteur Borrione lance le projet fou d'une station de sports d'hiver. Son but est de créer suffisamment d'emplois pour assurer la survie des communes, en prévision du jour où toutes les industries cesseraient leurs activités. Max Jannot, ancien pharmacien, ami et successeur du Docteur Borrione à la mairie d'Aime se souvient : “les mines de charbon d'Aime qui employaient encore 80 personnes en 1959, avaient annoncé leur fermeture pour 1960. Et il se doutait que la mine de plomb ne durerait pas éternellement non plus. Je me rappelle très bien de ce qu'il voulait faire à La Plagne : 3.000 ou 4.000 lits et deux ou trois remontées...” Cette idée mûrit dans son esprit depuis plusieurs années, mais les réactions sont souvent hostiles. Comme ce dimanche de 1957, à Peisey-Nancroix : “on était quatre sur la terrasse du restaurant d'un ami, M. Collin, le maire, et on se disait qu'on pourrait faire la même chose que Courchevel...” Et M. Collin de démolir leurs ambitions en ces termes : “Mais vous êtes des couillons ! Vous verrez Courchevel dans quelques années ça va tout tomber à l'eau ! Et pourtant à l'époque on rêvait juste de créer 500 ou 600 emplois...”
Aujourd'hui, si on doit désigner l'homme qui est à l'origine de La Plagne, à l'évidence, Pierre Borrione est celui-ci.

La grande aventure
A peine élu, le Docteur Borrione met en ouvre son projet. Il rencontre Maurice Michaud, directeur de la Commission Interministérielle pour l'Aménagement de la Montagne, qui apporte aux communes le concours de l'état, dans le cadre du Plan Neige. Celui-ci lui demande de constituer un syndicat rassemblant toutes les communes concernées. Le premier objectif de Pierre Borrione est donc de rallier à son idée les maires de Macot, de Bellentre et de Longefoy, qui tous partagent ses inquiétudes sur l'avenir économique de la vallée.
Le Docteur Borrione envisage l'installation de la station, non pas sur la commune d'Aime, mais sur celle de Macot, sur le plateau de La Plagne à 1900 mètres d'altitude. Ce plateau offre comme avantages majeurs d'être entièrement communal et d'être proche de la Mine, à laquelle arrivent une route, le téléphone et l'électricité. Pour Maurice Michaud, la propriété des terrains est un critère fondamental. Il avait soutenu auparavant le projet porté par les maires de la vallée des Belleville : “là-bas les terrains étaient privés, et les propriétaires ont tout bloqué ” rappellent Gilbert Vivet-Gros et Max Jannot.
Mais l'accord de Macot était indispensable. Deux ans auparavant, alors que le projet était déjà en discussion dans la vallée, le maire de Macot, Pierre Marchandet, “un ancien combattant, menuisier de métier, qui avait toujours fait de l'élevage dit à un de ses amis : je suis obligé de partir, il m'est impossible de donner notre montagne pour faire la station” rapporte Michel Villien-Gros dans l'ouvrage d'Edmond Blanchoz. “Ce n'est pas vraiment ça. Ce n'est pas parce qu'il ne voulait pas de la station. C'était un grand copain de Borrione, mais il s'est senti dépassé et incapable de prendre des décisions. C'était un brave homme qui ne voulait contrarier personne, et il a senti que ça allait être la bagarre” corrige Raoul Bugny.
En Novembre 1957, Pierre Marchandet démissionne et Albert Perrière, son premier adjoint, qui dirigeait une petite entreprise de travaux public de 5 salariés, est élu maire de Macot. Albert Perrière “avait fait la campagne et le bois comme tout le monde, mais il a senti que cela allait fournir du travail” se souvient Raoul Bugny. Il a donc très vite soutenu le projet du Docteur qu'il respectait beaucoup. Pragmatique, il voyait où était l'intérêt de sa commune. Il était “intelligent et faisait confiance à 100% au Docteur Borrione. C'est certainement cette confiance qui a été bénéfique à La Plagne.” Gilbert-Vivet Gros suggère au Docteur Borrione d'emmener tous les conseillers municipaux de Macot à Courchevel pour achever de les convaincre des bienfaits d'une station. “On a rencontré des paysans, des hôteliers ou encore le Président du Conseil général de la Savoie... D'ailleurs on a pris une cuite monumentale ! Quand on est rentré, certains se sont convertis à cette idée.” Albert Perrière a joué un grand rôle pour convaincre la population de sa commune : “à la maison c'était le bureau des pleurs ! Les gens défilaient pour se plaindre, mais il rassurait tout le monde” confie Agnès Astier, sa fille. C'était un homme têtu, et même si pour certains il n'entendait que ce qu'il voulait entendre, il ne se serait pas arrêté au premier obstacle. “C'était un fou de boulot” pour Lulu Ougier.
Le Docteur Borrione demande à M. Chaigneau, chef forestier du canton d'Aime, de construire une maquette en contreplaqué des faces nord de Bellentre à Longefoy. Elle est utilisée pour une campagne de promotion dans les bistrots. Gilbert Vivet-Gros, qui était le bras droit du Docteur, en a vécu chaque étape : “on a tout entendu, par exemple que les vaches allaient crever en mangeant des stylos à bille ! On a tout entendu ! Il y avait beaucoup d'inquiétudes chez les paysans de Macot, car on allait utiliser leur terre pour faire skier des rigolos...” Le projet avait aussi des opposants à Aime, mais cela tenait davantage à des rivalités personnelles contre Borrione. Maurice Loyet, qui était alors maire de Longefoy se souvient des nombreuses réunions et des efforts qu'il a fallu déployer pour convaincre la population du canton “tout doucement, tout doucement, à force d'arguments, notamment grâce aux jeunes, mais ça a été dur !”
Tous les stratagèmes étaient bons pour connaître l'opinion des habitants de la vallée, comme le raconte Gilbert Vivet-Gros. “Les gens gardaient leur avis pour eux. A Macot, il y avait comme partout des lavoirs, où les femmes se retrouvaient. J'ai dit à mon épouse et à mes cousines d'écouter les conversations : quand elles rentraient, elles me disaient, celle-ci elle est d'accord, celle-ci elle dit ça... et je notais. Quand on se rencontrait avec le Docteur Borrione je lui faisais état des réactions des unes et des autres. C'était de l'espionnage !” Dans le courant de l'année 1960, le Docteur Borrione et Gilbert Vivet-Gros rencontrent le directeur des Mines de La Plagne qui souhaitait en savoir davantage sur le projet de station. A la fin de la soirée, il leur dit : “ce que vous faites est formidable, surtout ne dites à personne que je vous soutiens, mais continuez, car dans dix ans les mines de plomb argentifère seront fermées”. Les consignes données par la Peñarroya au site de La Plagne étaient de ne pas faciliter le projet de la station, si bien que, lors des visites du site organisées régulièrement, ordre avait été donné au cantinier de la Mine de ne pas leur servir de repas.
Le 21 Mars 1960, le Docteur Borrione organise une grande réunion d'information à Aime, le point d'orgue de la campagne de promotion menée depuis des mois. Pendant quatre heures et devant 700 personnes, le maire va développer son idée et préciser son projet. A l'issue de la réunion, est créé le Syndicat Intercommunal pour l'Étude et l'Aménagement de La Plagne rassemblant les quatre communes.

Le Progrès Savoyard du 14 Avril 1960 (cliquez pour lire l'article)
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Emile Allais, champion du monde de ski en 1937, avait été nommé auprès de Maurice Michaud, comme conseiller technique pour donner son avis sur les sites. Il vient à La Plagne en Avril 1960, accompagné entre autres du Docteur Borrione, de Gilbert Vivet-Gros, des ingénieurs des Ponts et Chaussées Vincent Cambau et Marcel Bétemps, d'Armand Regazzoni et de Delphin Blanc. La petite équipe survole La Plagne en hélicoptère, puis fait deux descentes : le Biolley et la Grande Rochette. “La Plagne a des possibilités extraordinaires, et sera la station la plus originale, avec un ensoleillement et un enneigement garantis” écrit Emile Allais dans son rapport. Le projet est lancé.
Le 1er Décembre 1960, le Conseil municipal de Macot “décide d'étudier l'équipement d'une station de sports d'hiver à La Plagne.” Le premier plan d'urbanisme global présenté par Michel Bezançon, jeune architecte urbaniste de 27 ans, prévoit la construction de 36.000 lits. “Lorsque Borrione a vu ça il a été effrayé. Tous ces lits, avec des routes qui venaient de partout, des dizaines de remontées mécaniques, c'était fou ! Alors il a pris mes plans, et il les a cachés. Il m'a demandé de ne faire qu'un petit plan d'aménagement du plateau de La Plagne et m'a dit, on verra le reste dans dix ans”. Jusqu'au milieu des années 1980, le développement de La Plagne s'est fait selon les plans de Michel Bezançon, qui a conçu neuf des onze stations, conformément à ce qu'il prévoyait dès 1962.
Le lancement des travaux est décidé le 14 Avril 1961 dans le chalet de Gilbert Vivet-Gros. Le premier défi est de construire une route viable, car on ne peut imaginer faire venir des touristes par la route de la Mine. Le budget de la commune de Macot est de 600.000 Francs, et le coût de la route estimé à 4 millions. “Pour faire la route de La Plagne, la commune de Macot ne pouvait pas emprunter, son budget ne le lui permettait pas. Le Syndicat Intercommunal est venu apporter sa caution à la commune. Mais il fallait pour cela que chaque maire fasse valider cet engagement par son Conseil municipal. Auguste Mudry, maire de Bellentre, et ancien député communiste de la Savoie a présenté cela un peu brutalement à son Conseil qui a refusé. Les élus ne voulaient pas servir de caution à une commune plus riche que Bellentre. Je me rappelle très bien d'avoir vu arriver Mudry, un jour de réunion à Aime. En allant vers Albert Perrière, il lui a dit : Albert ! Mes conseillers ont refusé de t'apporter la caution pour le prêt, mais je mettrais une hypothèque sur mes terrains et mes maisons”. La semaine suivante, après un nouveau vote, le Conseil municipal de Bellentre donne enfin son accord. Au delà des tensions qui persistaient entre les habitants des communes, les quatre maires étaient liés par une solidarité indéfectible.
L'entreprise de transports Bérard est l'une des premières à s'engager dans le chantier de la station. Pour Edmond Broche, ils ont “fait merveille” pour le transport des matériaux par l'ancienne route. L'entreprise possède alors trois “Latil”, des engins lourds, les seuls capables de monter les tonnes de matériaux jusqu'à La Plagne.
Après la validation préfectorale, les travaux de la route peuvent commencer en Mai. Ils vont durer huit mois, huit mois d'un travail acharné jour et nuit, car “des projecteurs avaient été mis en place tout le long”. Si le tracé de la route est achevé en Décembre 1961, elle n'est revêtue que dans sa partie basse. C'est une entreprise marseillaise qui a été chargée des travaux des premiers bâtiments et des deux-tiers de la route : l'Entreprise Moderne de Bâtiments et Travaux Publics. “Ils étaient maçons, mais savaient moins bien maçonner que moi qui était chauffeur !” se souvient Lulu Ougier.
Étranglée de dettes, l'entreprise doit cesser son activité à l'automne. La “faillite de la Moderne a été terrible pour nous. On frôlait les murs. Tous ceux qui avaient été contre La Plagne ne se gênaient pas ! Et puis M. Michaud a réuni les grandes entreprises de Savoie, Ratel, Oliva, Pegaz & Pugeat...” Maurice Michaud, qui investissait beaucoup d'énergie pour La Plagne depuis les débuts, met les entreprises savoyardes devant leurs responsabilités, les accusant à demi-mot de n'avoir guère soutenu la Moderne et les menaçant d'interférer à l'avenir pour les priver des juteux contrats de l'État. Pour relancer la station, il s'appuie sur une banque professionnelle, le Comptoir Central du Matériel d'Entreprise (CCME). En Octobre 1961, son directeur-général, Robert Legoux vient visiter La Plagne, en tombe amoureux, et décide de s'engager pleinement dans l'aventure. Au lieu de liquider la faillite de la Moderne et de vendre son matériel pour récupérer sa mise, il assure l'échéance de toutes les dettes et relance les chantiers. Son intervention est décisive : il constitue une société anonyme, la Société d'Aménagement de La Plagne (SAP) et sauve la station d'une liquidation avant même son ouverture. “La Plagne a pu continuer grâce à la rencontre de Pierre Borrione et de Robert Legoux. Legoux a été pour La Plagne une sorte de mécène. Il a été l'aménageur, mais n'avait aucune volonté de s'enrichir, et il a porté à bout de bras tout le développement de La Plagne” rappelle Edmond Blanchoz. “Finalement c'étaient deux grands rêveurs” ajoute Gilbert Vivet-Gros, qui rend aussi hommage aux entreprises de Macôt qui ont cru à La Plagne et ont accepté de travailler sans être payées : “les transports Bérard, les charpentes Montmayeur...”

Chronique de la station au Bonnet rouge
(en cours de réécriture intégrale : mise en ligne prévue Mars 2010... avec retard !)
22 décembre 1961
C'est l'ouverture de La Plagne. Il n'y a pas d'inauguration officielle, mais le Docteur Borrione prononce un discours en mairie de Mâcot. Les conditions sont précaires. “On ouvrait les premiers hôtels, sans permis de construire, avec une route qui n'était pas finie, avec des conditions qui étaient impensables sur le plan de la légalité” se rappelle Michel Bezançon.
A l'extrémité Ouest du plateau de La Plagne, au pied du Biolley, le long du ruisseau de la Lovatière ont été construits quatre bâtiments. Le premier, au début de l'été est une simple grange destinée à la fabrication des maçonneries des autres bâtiments : deux hôtels, les Mélèzes et le Christina, dont les fondations ont été faites à la mi-Aout et les Isbas d'abord destinés au logement des ouvriers qui devaient être démolis par la suite. Deux remontées mécaniques sont ouvertes aux skieurs : le téléski du Biolley, qui les mènent à 2350 mètres d'altitude et le petit téléski de la Lovatière.
Les premiers commerces auraient dû s'installer dans un bâtiment spécifique, dont la faillite de la Moderne a retardé la construction. Ils s'installent donc dans la grange à moellons, tout juste débarrassée de la poussière de ciment. Serge Gostoli installe son magasin Serge Ski. Et les époux Lauvergniat, propriétaires de l'hôtel des Alpes à Aime ouvrent un bistrot. Michèle Lauvergniat, leur fille, qui a fait la première saison à La Plagne se souvient : “Michel Bezançon disait à mes parents : il faut ouvrir quelque chose à La Plagne, il y a des gens qui arrivent le week-end, il n'y a absolument rien. On est monté après Noël, et on a ouvert le bar dans le local où ils faisaient les moellons. A Pâques il y avait du monde, les Isbas avaient été loués à de jeunes étudiants. Dans la grange, il y avait un endroit bien lisse où l'on dansait. [...] Le dimanche, on préparait des repas, on montait le pain et on faisait des sandwiches. Le soir, les gens de l'hôtel venaient, ils consommaient et ils dansaient eux-aussi”. Et pourtant nous sommes à 2000 mètres d'altitude, dans une grange en parpaings sujette aux courants d'airs...
1962
Le 4 Mai 1962, Jean Plouton fait le bilan de la première saison dans les colonnes du Dauphiné Libéré : “Avec les vacances de Pâques, la nouvelle station bénéficiant d'un enneigement remarquable, connut une affluence record. Hôtels et chalets étaient combles, mais, comme le disait un hivernant : La Plagne est une station magnifique, le tout est d'y accéder !”
Pour Michel Bezançon, “c'est l'année de la remise en ordre”. La route qui a causé tant de soucis est goudronnée pendant l'été. Des travaux de terrassements colossaux sont engagés pour aplanir le plateau, canaliser et combler le lit du ruisseau de la Lovatière : le paysage est transformé. Par la même occasion on supprime le petit téléski de la Lovatière. On construit le premier bâtiment commercial de la station pour prendre le relais de la grange aux moellons : la Maison de La Plagne, où sont installés aujourd'hui le restaurant le Chaudron et le tabac-presse. Au rez-de-chaussée s'installent les magasins de Serge Gostoli pour la location de ski et de Lucette Botto pour la presse, la première épicerie de Jacques Paviet, et le bureau de poste tenu par Monique Plouton. A l'étage s'installent la SAP, l'office de tourisme, le magasin de vêtements de sports et la banque. On y trouve également l'Ecole de ski, dont Pierre Leroux prend la direction. Vainqueur du Makalu en 1955 avec l'équipe française, il sera directeur sportif de La Plagne jusqu'en 1977.
Les Lauvergniat n'y reprennent pas de commerce : “en 1962/1963, nous n'avons pas eu l'autorisation de remonter. Papa [Roger Lauvergniat] avait fait des plans avec Bezançon pour faire un restaurant à l'entrée de La Plagne. Il voulait faire garage, restaurant et bar. Tous les plans étaient faits et en janvier 1964, mon père s'est tué en voiture”, raconte Michèle Lauvergniat.
En Décembre s'ouvre la deuxième saison. Les skieurs ont à leur disposition deux nouvelles remontées : les téléskis du Z et le Télé-École.

Le premier logo de La Plagne
(calque original conservé dans les archives d'André Martzolf et logo imprimé)
1963
Pour La Plagne la deuxième saison commence sous les meilleurs auspices. Toutes les stations de Savoie accusent un grave déficit d'enneigement...sauf La Plagne. En 1960, Emile Allais avait noté dans son rapport combien le cirque montagneux qui protégeait La Plagne des vents dominants orientés au Sud-Ouest était favorable à la conservation de la neige. C'est donc pour la jeune station, en manque de notoriété la première occasion de se faire connaître.
Un épisode extraordinaire se déroule le 14 Janvier 1963. Jean Plouton le relate dans le Dauphiné Libéré : “Lundi 14 Janvier 1963, il est 8h40, il fait -20°, l'air est d'une pureté exceptionnelle, le soleil envahit peu à peu le cirque de montagnes. Un vrombissement déchire l'air, un Piper aux couleurs vives survole la station, prend le vent et se pose sans heurt, soulevant un fin nuage de poudreuse. La piste d'atterrissage ? Pierre Leroux, directeur sportif, les dameurs et pisteurs de la station, l'ont préparée et balisée. Les pilotes Merloz et Ziegler (qui a créé Air-Alpes en 1961) descendent. Ils sont partis de Courchevel huit minutes plus tôt, profitant des conditions atmosphériques particulièrement favorables. Emile Allais a tenu à y assister, il se pose lui aussi sur les flancs du Biolley à dix heures.” La saison est bonne pour La Plagne grâce à cet afflux de touristes à la recherche de la neige qui fait tant défaut ailleurs. Pendant deux ans, l'altiport se situe sur le replat du Biolley (là où est construit Aime-la Plagne). Puis La Plagne ouvre l'altiport du Dou du Praz (300 mètres de long, 25 mètres de large et 14 % de pente moyenne), qui permet à La Plagne d'intégrer le réseau Air Alpes : une liaison quotidienne avec Genève via Courchevel en 1965, puis liaisons directes avec Lyon, Nice et Paris ensuite.
Malgré le succès que la jeune station rencontre, sa croissance n'est guère conforme aux prévisions. Tous s'attendaient à ce que les investisseurs se bousculent, mais il n'en est rien. La SAP doit investir elle-même dans la construction d'immeubles. A l'été 1963, quatre nouveaux bâtiments sont construits : le Shangrila, le Janu, le Makalu et l'Orée des Pistes, un hôtel de prestige, le seul à être le fruit d'un investissement extérieur. On construit deux nouvelles remontées, le petit téléski du Cabri, en parallèle du Z et le téléski des Aollets, qui mènent les skieurs à 2300 mètres, à l'est, au pied de la Grande Rochette. En Décembre, La Plagne compte déjà 750 lits pour sa troisième saison.
Le second logo de La Plagne
(dessin original sur papier Canson, calque colorisé conservés dans les archives d'André Martzolf et logo imprimé)
1964
Au printemps commencent les travaux de la première galerie commerciale à double étage entre l'Orée des Pistes et le Jannu. Dix-sept boutiques s'y installent, dont Serge ski et la librairie de Lucette Botto qui quittent la Maison de La Plagne, mais aussi, la pharmacie des époux Jannot, le magasin d'électricté-radio-télé de Jean Robino, la fromagerie de M. Paviet, un fleuriste et même une boutique de dégustation de fruits de mer. On construit également six nouveaux bâtiments : l'hôtel Graciosa, le Serro Torre, la Cordillère, le Jannu, le Mustag et le Nanda Devi I. Deux remontées mécaniques sont construites : un second téléski du Biolley et le téléski du Baby pour les plus petits.
André Martzolf prend la direction du Service des pistes créé la saison précédente. “Il nous fallait un chef de pistes. Emile Allais était rentré à la SAP et il m'a dit : moi j'en connais un à Courchevel, mais je quitte Courchevel pour venir à La Plagne...” se souvient Gilbert Vivet-Gros qui lui demande aussitôt le nom auquel il pense. “André Martzolf ? Mais c'est un de mes grands copains ! J'ai dit à André : on cherche un responsable de pistes à La Plagne, tu ne peux pas monter un jour de réunion ? Et il s'est présenté. M. Legoux se tourne vers lui et dit : vous avez tout entendu, vous avez vu comment on travaille, autour d'une table, on se dit tout ! Vous avez votre valise ? Vous commencez demain matin !”
Autour de lui, huit pisteurs parmi lesquels Armand Bérard : “On était pisteurs, mais on n'avait pas d'uniforme. On avait des rouleaux pour damer les pistes. Dangereux cette histoire ! C'était lourd, en bois et ils tournaient... Il fallait que le rouleau tasse la neige, mais nous on allait vite comme des imbéciles, le rouleaux faisait des bonds, ça damait rien du tout !”. On tente de mécaniser le damage. Le Kristy, acheté l'année précédente et confié à Bernard Murzilli n'est guère performant. La nouvelle machine, le Snow-Cat qui l'est davantage, ne dispense pas les pisteurs du damage manuel. L'année suivante, la SAP fera l'acquisition d'un engin révolutionnaire, le Ratrack S.

1965
Deux chantiers majeurs marquent l'année 1965 : celui de la télécabine de la Grande Rochette et celui de l'immeuble Everest, la première tour de La Plagne.
Les travaux de la télécabine de la Grande Rochette commencent en Janvier 1965 par le percement d'une route entre le Col de Forcle et le sommet de la Grande Rochette, opération qui dure quatre semaines (c'est aujourd'hui la piste bleue Petite Rochette). Un équipement d'une incroyable ambition, puisque la jeune Société d'Aménagement de La Plagne y investit quatre années de chiffre d'affaires.
Le marché a été signé en Février 1964, mais les études géologiques préalables ont été plus longues que prévues. “La Grande Rochette est une montagne de gypse. Lorsqu'on a fait le projet, on a fait venir un géologue, professeur à l'École polytechnique. Il nous a dit : non, cette montagne va disparaître ! On ne peut pas...! Quelqu'un heureusement a eu l'idée de lui poser la question : mais dans combien de temps ? Et il a répondu : 15 000 ans !” se rappelle Michel Bezançon. “On a effectivement dû faire des fondations qui descendent à 25 mètres et prendre des précautions d'étanchéité au niveau de la gare pour éviter que l'eau ne s'infiltre”
On installe au sommet une base-vie composée de quatre chalets (dortoirs et cantine). Un câble avait été installé l'année précédente pour permettre le ravitaillement, l'alimentation en électricité et la communication par téléphone. Armand Bérard, qui a participé aux travaux se souvient : “Il y avait des bungalows dans lesquels on restait plusieurs jours.” Les fondations des pylônes sont achevées en Mai, il a fallu forer jusqu'à 40 mètres de profondeur pour le dernier pylône. Le montage du mécanisme de la gare d'arrivée ne se déroule qu'en Novembre et Décembre dans des conditions très difficiles, à cause des courants d'air glacials à -15°. Quant aux chalets, ils étaient enfouis sous trois mètres de neige, et des galeries avaient dû être creusées dans la neige pour en permettre l'accès. Et malgré cela, l'objectif de tous était de livrer la télécabine à la date prévue. Le 23 Décembre 1965, la télécabine de la Grande Rochette est ouverte au public et La Plagne entre dans le cercle très fermé des stations modernes.
La construction de l'Everest une tour de 14 étages débute en Février sous une bulle de 20 mètres sur 40, à l'intérieur de laquelle la température est celle d'un mois de Juin. Les terrassements, les fondations, la dalle et le rez-de-chaussée sont ainsi faits à l'abri du froid. Les travaux de gros-ouvre durent quatre mois (un niveau tous les quatre jours) et l'Everest est livré en Janvier 1966. Sept autres immeubles sont construits à l'été 1965 : La Taïga, Le Sierra Nevada, Le Kilimandjaro, Le Nanda Devi II, Le Fitz Roy, L'Aconcagua et enfin Le Pelvoux (où se situe la Gare de la Grande Rochette).
Pour la nouvelle saison, La Plagne intègre à son plan des pistes le nouveau classement des pistes en quatre couleurs : noire pour les plus difficiles, rouge, puis bleue et enfin verte pour les pistes les plus faciles. L'année précédente les pistes étaient classées en cinq couleurs : noire, rouge, jaune, verte et bleue. Par ailleurs, le téléski du Biolley est triplé dans sa partie basse.
1966
Le 20 Février, La Plagne est l'hôte de l'émission de Guy Lux, Interneiges. L'occasion est unique de se faire connaître de millions de téléspectateurs Européens. La Plagne décide de changer de logo et fait appel à l'agence Havas. Mathieu Diesse place d'abord le logo existant dans une paire de lunettes. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'il ajoute un bonnet rouge vif. Dès le début de l'année, le nouveau logo est affiché sur la façade du Jannu. Le jour de l'émission, La Plagne a fait distribuer des centaines de bonnets rouges aux spectateurs. Tout est fait pour que ce nouveau symbole marque les téléspectateurs. La Plagne sera désormais surnommée “la station au Bonnet rouge”.
Six nouveaux immeubles sont construits : Le Vercors, Le Sikkim, L'Annapurna, La Meije, Les Ecrins et Le Mont Blanc, la seconde tour de La Plagne, plus haute encore que l'Everest, qui est construite en quatre mois du 1er Juin à fin Septembre.
La SAP construit le premier télésiège de la station, un deux-places bien sûr, le Boulevard. Il est présenté en ces termes dans le plan des pistes : “Sur une idée d'Emile Allais, Administrateur, cet appareil à deux vitesses permet une initiation rapide du débutant. Il est le premier de ce genre en France”.
1967
La Plagne avait innové en proposant aux skieurs de skier en aval de la station. En partant du Biolley par les pistes Farandole et Emile Allais ou du sommet des Aollets par la piste du Vallon des Ours, on pouvait descendre jusqu'à La Roche, d'où on remontait à La Plagne par navette. En 1967, la SAP construit le téléski des Bouclets, et en 1969 celui des Charmettes.
La Plagne offre à sa clientèle un accueil soigné et des services originaux. La lecture de la brochure de l'hiver 1967/1968 nous apprend qu'il existait des “Maîtresses de maison [qui] veillent à l'entretien de votre appartement”. “Quand vous montiez dans le car [à la gare], il y avait quelqu'un qui vous offrait un café, un croissant. Ca n'a pas duré longtemps, mais c'était bien réel. La comptabilité analytique n'existait pas encore, on ne savait pas compter. Lorsque la comptabilité analytique est arrivée, on a vu que ça coûtait cher et on a arrêté !” se souvient Michel Bezançon.
A l'été, les travaux de l'hôtel Le France commencent, pour une livraison prévue à Noël 1968. Un projet gigantesque de 80 chambres et 215 appartements, de la Compagnie Générale Transatlantique (d'où le nom de France). Voici un extrait de la plaquette de promotion éditée en 1967 : “Au France de La Plagne vous passerez les plus heureuses vacances de votre vie. Le France est le dernier né, le plus grand, le plus moderne des immeubles de La Plagne. Il comportera ses restaurants, ses bars, ses salons, son night-club, ses boutiques et ses traiteurs.” L'opération tournera en fait vite au fiasco et la Transat cédera le bâtiment à la SAP.
1968
A la fin de l'été commencent les travaux de la deuxième station de La Plagne : Aime-La Plagne. Depuis 1966, le projet a été surnommé “le Paquebot des neiges”, un surnom que revendique Michel Bezançon, son créateur.
“Le site d'Aime-La Plagne, est un plateau et à l'époque les analyses géologiques ont montré l'impossibilité de construire parce que le terrain gypseux risquait de s'effondrer dans le temps. Il ne restait qu'une zone de 220 mètres de long, et de 50 mètres de large pour bâtir. Or comme la commune, pour toucher de l'argent pour la route, devait avoir minimum 2000-2500 lits, l'équation était simple : il fallait faire un ensemble monolithique. En plus Borrione avait souligné : attention c'est un endroit où il fait très mauvais, il y a des congères, il y a du vent..., il fallait construire quelque chose qui soit abrité. [...] C'est le site qui commande l'architecture.”
“Tout ceci a amené à faire un univers [dont ] on pourrait presque dire que l'inspiration est l'Unité d'habitation de Marseille [de Le Corbusier], dans ce sens qu'il y a une coursive horizontale avec des galeries marchandes et les escaliers et ascenseurs [qui] débouchent sur ces galeries. C'est un univers clos, qui je vous l'assure pendant les tempêtes est très agréable à habiter d'autant plus qu'on l'a relié à La Plagne par un téléphérique. Bien sûr ce n'est pas le chalet ! Mais c'est mieux qu'un immeuble, parce que c'est un village. [...] Si le mot Paquebot des neiges est venu, c'était [pour évoquer] la croisière, dans la tourmente, dans la montagne. Navire, paquebot, tout tournait autour de cette notion de croisière dans la neige. [...] On lui avait donné cette forme pour que les appartements de copropriété (la moitié à l'époque), qui sont situés sur les angles, aient des terrasses.”
“Qui a été le personnage courageux dans cette aventure ? C'est le promoteur. Parce que moi je faisais un rêve, qui avait plusieurs formes. La première, en 1964, c'était un mille-pattes qui se baladait dans la montagne, [...] avec des pilotis triangulaires. [...] Une fois qu'on commençait à un bout, il fallait finir, sans savoir si ce type d'habitat aurait du succès... Aime-La Plagne se voit de très loin, de Bourg Saint Maurice et l'idée était qu'on ne le remarque pas de jour, ce pourrait être une falaise ou quelque chose comme ça.”
Et lorsqu'on évoque Aime-La Plagne aujourd'hui, Michel Bezançon s'avoue triste. “Autour du Paquebot il était interdit de construire. J'avais tenu le coup pour qu'on ne fasse rien, mais quand je suis parti en 1986, les maires se sont dit : le chat est parti, les souris dansent et on a commencé à faire ces horreurs... On a détruit la qualité du produit. Si Aime-La Plagne est un Paquebot, il y a un certain nombre d'épaves qui se sont échouées autour ! [...] Aime-La Plagne s'est détériorée au fur et à mesure. La galerie marchande qui était d'une architecture ultra-moderne, que Pierre Garriche avait dessinée d'un bout à l'autre, qui a été publiée dans l'oil plusieurs fois comme un chef d'ouvre, s'est détériorée d'une façon hallucinante... C'était tout un monde qui n'est pas du tout celui qui existe à l'heure actuelle.”
A La Plagne, sur le stade de slalom, on coupe un mélèze qui avait été jusque là sauvegardé. “Il y avait un arbre au milieu du stade. Pendant des années il n'a pas fallu le couper. On le contournait pour tracer les slaloms. Il a mis du temps à sauter ! [...] C'est Martzolf qui a sauvegardé le mélèze du stade pendant si longtemps !” se souvient Sophie Murzilli.
1969
Pour La Plagne une nouvelle année d'investissements conséquents : on construit les télésièges deux places du Biolley et du Colorado, le téléski des Crêtes et on ouvre six nouvelles pistes : la Canopée (en parallèle de la Carina), la Capella, les Coqs, les Etroits, la Gavotte et la Pollux. Le téléski Telé-Ecole est supprimé.
La première tranche (114 appartements) d'Aime-La Plagne est livrée pour Noël. La plaquette de présentation décrit une station “d'avant garde, [...] ensoleillée, [...] sportive, hardie et surprenante”. Tout le secteur autour de la nouvelle station a été repensé autour du sport. La Plagne ouvre une piste de vitesse et un stade de saut avec trois tremplins. La piste Farandole est redessinée. “Il y avait un stade de descente permanent sur la Farandole. Les touristes pouvaient aller s'entraîner à la descente. C'est Bernard [Murzilli] qui l'a tenu pendant une ou deux saisons.” se souvient Sophie Murzilli.
La commune de Champagny-en-Vanoise rejoint le Syndicat intercommunal, après avoir hésité entre La Plagne et Courchevel. Elle apporte à la station un exceptionnel domaine en adret avec vue sur la Vanoise. La structure change de nom pour devenir le Syndicat Intercommunal de La Grande Plagne (SIGP).
1970
En 1968, André Martzolf et Edmond Blanchoz proposent au Maire de Champagny, Michel Renaud de créer des pistes et des remontées mécaniques sur la commune de Champagny, en versant sud de La Plagne. Pourtant favorable, le Maire refuse de donner son accord immédiatement, car il n'avait pas prévu cette nouvelle orientation de la commune vers le tourisme dans son programme électoral. Il organise donc quatre réunions d'information et, en 1969, un référendum.

Cliquez pour lire l'article du Dauphiné Libéré de Janvier 1971 Merci à Edmond Blanchoz
Le référendum est un succès : 77 % des votants donnent leur accord à la création du domaine skiable de Champagny. Les travaux commencent au printemps 1970. La SAP crée neuf pistes et trois remontées mécaniques : le téléski des Verdons (pour le retour à La Plagne), le téléski des Borseliers et le télésiège de Champagny, “l'un des plus longs et des plus vertigineux des Alpes”, qui est inauguré le 5 Janvier 1971. Outre l'attente souvent interminable au départ, ce télésiège est long, lent et froid, si bien que la SAP prend l'initiative, la saison suivante de distribuer des couvertures à la demande. Toujours est-il que dans la brochure de l'hiver 1970/1971, La Plagne vante un “accroissement fantastique du domaine skiable.”
La seconde tranche d'Aime-La Plagne est livrée, et la station officiellement inaugurée par le Docteur Borionne le 20 Décembre. La SAP a construit le Télémétro entre La Plagne et Aime-La Plagne, “un téléphérique ultra-moderne” “ouvert 24h/24”. Sa construction a été décidée l'année passée par le Conseil municipal d'Aime, à 23h30 après une minute-trente de débat. Dans le livre d'Edmond Blanchoz, Max Jannot, successeur du Docteur Borrione à la mairie d'Aime raconte : “Je m'en souviens parfaitement car c'était ma première réunion de Conseil municipal et je devais faire passer, aux autres élus, ce projet de onze millions de Francs. [...] J'ai d'abord traité tous les autres petits dossiers, avant de présenter, vers 23h30, le Télémétro. Le Conseil était alors saturé par un long débat sur le problème du ruisseau qui devait être curé pour un budget de 750 Francs et pour lequel chacun était concerné. Si la discussion sur le ruisseau et le petit pont pour les vaches dont les planches devaient être transversales dura trois quarts d'heure, celle portant sur le Télémétro n'a duré qu'une minute et demie !” La SAP construit par ailleurs le téléski du Petit Bouclets, qui double le téléski des Bouclets, mais seulement dans sa partie haute.
Les premiers plans d'urbanisme dressés par Michel Bezançon onze ans auparavant sont enfin rendus publics. “A l'inauguration d'Aime-La Plagne, le Docteur Borrione m'a donné la permission, parce qu'on l'avait étudié avec l'administration, de montrer le plan définitif qui prévoyait Bellecôte, Belle Plagne et l' extension sur Les Côches.”

1971
Membre fondateur du Syndicat intercommunal, la commune de Longefoy commence son développement en 1970. Pour atteindre l'objectif des 700 lits fixé par la SAP, la commune encourage la création de deux centres de vacances au-dessus du hameau de Montalbert, à 1600 mètres d'altitude : le centre Jean Franco (département du Val-de-Marne) et le centre du Gentil (ville de Dunkerque). La SAP construit les téléskis des Adrets, du Fornelet et du Gentil. La nouvelle extension est ainsi présentée dans la brochure de l'hiver 1971/1972 : “Après les débordements illimités en direction de Champagny-en-Vanoise, c'est vers Longefoy-Sur-Aime que vous irez à la découverte d'horizons nouveaux, un autre village savoyard accueillant, accessible par le haut, grâce aux pionniers de La Plagne, qui entendent faire régner l'harmonie entre le passé protégé et le présent réfléchi.” Le projet initial prévoyait l'installation d'une station à la Tête du Fornelet, mais Longefoy vote la création d'une station autour du hameau de Montalbert en 1971.
Dans le bas du Vallon des Ours, la SAP construit le téléski des Colosses. Michel Bezançon a prévu d'y installer une station. Elle apparaît comme un projet sur le plan des pistes de 1967 : “Les Ours, fin 1971”.
1972
Deux stations sont lancées : Plagne Villages et Montchavin.
Plagne Villages, qui devait s'appeler Super Plagne, ouvre en Décembre 1972. Michel Bezançon se souvient : “Plagne Villages vient alors qu'il y avait eu une hésitation quant à la poursuite de l'aménagement de La Plagne. La société d'aménagement avait rempli ses engagements vis à vis des quatre communes : Mâcot où l'on avait construit La Plagne, Aime où Aime-La Plagne était terminée, Longefoy où avaient été créés des villages de vacances et Bellentre dont le maire avait dit : je ne suis pas prêt car je n'ai pas fini de résoudre mon problème foncier. La SAP a hésité à poursuivre. Au conseil d'administration [...] la banque Rothschild qui était actionnaire, avait décidé de se retirer si on poursuivait sans attendre. La banque s'est retirée et on a fait Plagne Villages”.
“Plagne Villages était une commande de Robert Legoux [qui avait dit] : on a fait La Plagne, on a fait Aime-La Plagne, je veux que ce soit une station avec des toits et une organisation en village, je ne veux pas de galerie marchande [...], pas de parkings couverts pour que ce soit bon marché, un centre commercial tout petit. Autrement dit quelque chose le plus léger possible. C'était vraiment une commande. Il fallait que je fasse ce projet, on verrait plus tard pour les aventures.”
Ce qui explique la forme de la station ? “Il y a du gypse à droite et à gauche. On a suivi le banc de serpentine [une roche très dure]” rappelle Edmond Blanchoz. “Plagne Villages, c'est la station serpent” précise Michel Bezançon.
“Le projet de clientèle détermine également l'architecture. [...] La clientèle de La Plagne a changé. Les premiers clients d'Aime-La Plagne étaient des cadres supérieurs, qui ont acheté des appartements dans des immeubles modernes pour se dépayser, parce qu'ils habitaient dans des appartements anciens, traditionnels, meublés avec les meubles des grands-parents. Ils se dépaysaient dans quelque chose de contemporain. Mais dix ans après, la clientèle qui avait les moyens d'acheter des appartements en montagne vivait dans des ensembles modernes et pour elle le dépaysement c'était le retour au style traditionnel [...] On entrait dans une nouvelle phase, une nouvelle clientèle, celle de gens qui veulent aller en montagne dans le chalet traditionnel, et tout ce que cela peut représenter, le fantasme de la montagne éternelle” rappelle Michel Bezançon, quand on le questionne sur cette évolution rapide de l'architecture des stations de La Plagne.
La SAP construit le Télébus, qui comme le Télémétro, relie la station nouvelle à La Plagne et modifie le téléski des Aollets, construit en 1963. Il est coupé en deux parties au niveau de la route d'accès à la station : la partie haute garde le nom de téléski des Aollets, et la partie basse est prolongée et prend le nom de téléski du Saint-Esprit.
Comme dans le cas de Longefoy, ce n'est qu'au bout de dix ans que Bellentre commence à songer à la création d'une station. Le projet initial, nommé Belle Plagne (contraction de Bellentre et de La Plagne), était une station aux Bauches (1800 mètres). Michel Bezançon avait imaginé un immeuble qui barrait entièrement le vallon. Le coût colossal de la route d'accès et le risque avalancheux, oblige Bellentre, déjà engagée financièrement dans le financement de la route de La Plagne, à renoncer.
Au projet d'une station située plus bas, au Chanton, le maire, Auguste Mudry préfère une opération de réhabilitation du vieux hameau de Montchavin, quasiment désert et à moitié en ruines. Contrairement aux stations d'altitude, à Montchavin les terrains étaient privés. Craignant les contentieux juridiques liés aux expropriations, Robert Legoux décide de ne pas mêler la SAP au développement immobilier de Montchavin. “Montchavin a été faite par la commune, avec un système de ZAC que je pilotais, nous sommes (à plusieurs) devenus promoteurs. A l'époque, c'était le début de Val Thorens, on pensait même à une station plus haute que Val Thorens. Par conséquent, faire une station dans la rénovation d'un vieux village, c'était comme tomber sur la tête ! Personne ne voulait y aller ! La convention de 1961 prévoyait une remontée mécanique lorsqu'il y aurait 1000 lits. Il fallait trouver 1000 lits. On en a trouvé 500 avec le VVF et puis 500 autres en camping caravaning !” se souvient Michel Bezançon. “J'avais essayé d'envisager une architecture plus moderne avec de grands toits, de grandes baies. Mais le Maire m'a donné une leçon : la population locale, ce n'est pas son langage, m'a-t-il dit. Ce qu'il faut, c'est une architecture traditionnelle”. Pour attirer rapidement les jeunes vers Montchavin “l'agence étudiait gratuitement tous les permis de construire pour la population locale qui voulait revenir”.
A Montchavin, la SAP construit trois remontées : le télésiège du Sauget (ou de Montchavin), le téléski des Pierres Blanches et le téléski Ecole. Dans le documentaire “Montchavin, histoire d'une renaissance”, André Martzolf se souvient de la création de ce domaine. “Tracer des pistes en forêt est toujours plus difficile que de les tracer dans un champ de neige ! Il nous a fallu pratiquement un hiver et deux étés pour caler les tracés des remontées mécaniques. Le tracé de ce fameux téléski de Pierres Blanches s'est fait depuis le versant d'en face, de nuit ! Le géomètre visait à la lunette et on avait des gens avec des lumières qui faisaient l'alignement du téléski, certains devaient même grimper aux arbres ! Et après pour les pistes, il faut faire une reconnaissance l'été, refaire une reconnaissance l'hiver suivant. On mettait des petites banderoles sur les arbres pour composer le tracé. Et l'été suivant on coupait les arbres, etc...”
Le 19 Mars 1972, en page quatre, le Dauphiné Libéré titre : “A La Plagne, un incendie détruit le télécabine de la Grande Rochette”. “La nuit dernière, à minuit un incendie extrêmement violent a embrasé les installations du télécabine et le restaurant de La Grande Rochette [...] En un quart d’heure, tout a été détruit, et les câbles-porteurs se sont détachés de la gare supérieure, et se sont abattus sur le sol” poursuit le journal. Le lendemain, un long article est consacré à l'événement, en page cinq.
Merci à Isabelle Garcia du service documentaire du journal
Joël Favre se souvient de cette nuit : “J'étais dans le Télémétro avec Jean François Vivet-Gros, et il me dit : tiens, tu as vu, ils sont en train de faire un feu d'artifices sur la Grande Rochette. Et effectivement, on voyait sur la Grande Rochette quelque chose qui faisait des étincelles, sans plus. Une demi-heure après, on passe sur le front de neige, et on voyait vraiment toute la Grande Rochette illuminée. On s'est dit qu'il y avait quelque chose qui était en train de cramer. [...] Je ne sais plus à quelle heure dans la nuit, les câbles ont cassé et sont rentrés dans le sol à peut être deux ou trois mètres.”
“Il n'y avait plus de liaison avec Champagny” explique Edmond Blanchoz. “On a réalisé une grande prouesse technique : on a construit un téléski sur le Col de Forcle, permettant de basculer sur Champagny, en dix jours : autorisations, matériel et tout. On avait épinglé les pylônes sur la neige. En temps normal pour avoir ce type d'accord il faut six mois ! Déjà on sauvait une grande partie de la saison. Et on a reconstruit la gare dans l'année.” Si la cause du sinistre n'a pas été formellement identifiée, les soupçons se sont portés sur une fuite du propane utilisé dans les cuisines. Car la gare construite en 1965, qui était entièrement vitrée abritait aussi un restaurant appelé le “Panoramic”.
Durée 4'' | La gare du sommet de la Grande Rochette détruite par un incendie le 18 Mars 1972 | Source : Les Chevaliers du Ciel, épisode 03-08 intégralement tourné à La Plagne
1973
La brochure de l'hiver 1973/1974 annonce : “La Plagne double son domaine skiable”. A l'été 1973, la SAP a continué d'aménager le domaine de Montchavin. La station qui vient d'ouvrir l'Hôtel de 15 chambres “ Les 3 Glaciers”, est reliée à La Plagne grâce aux téléskis du Dos Rond et de la Salla, le retour s'effectuant depuis le vallon des Ours par le télésiège deux places de l'Arpette.
Les Mines de La Plagne cessent leur activité. “Au moment de la fermeture il y avait encore 150 personnes qui travaillaient. A l'époque la Mine n'était plus rentable [...], la fin était probablement programmée, mais ce qui a surtout précipité la fermeture c'est la station. Le filon principal était un peu épuisé, alors on faisait des recherches pour en trouver un autre. Il y en avait sûrement, mais on ne s'est pas trop affolé pour en trouver, parce qu'il fallait aussi le cacher au personnel, pour ne pas dire : on en a trouvé un mais on ferme quand même...” se souvient Paul Broche. “Il y avait un autre problème : quand ils faisaient sauter leurs explosifs, à 13 heures, tous les jours, on l'entendait dans les bâtiments, et ça vibrait !” se rappelle Armand Bérard. L'autre incompatibilité entre la Mine et la station, mais cette fois plus anecdotique : les raisons esthétiques. Elie de Rothschild et son épouse, actionnaires de la station et de la Mine, qui possédaient à l'époque un appartement au dernier étage de l'Everest avaient demandé au directeur des Mines de faire repeindre les toits rouillés. Armand Bérard conclue : “Ca ne pouvait pas continuer, c'était ou la station ou la Mine”. “Mais le prix du plomb était en baisse, je ne pense pas qu'on aurait survécu longtemps même s'il n'y avait pas eu la station... peut être quelques années...” ajoute Paul Broche.
1974
Une nouvelle station commence, timidement : Plagne Bellecôte. “Le programme de démarrage de Plagne Bellecôte était de 600 appartements en multi-propriété. Le site était très petit, et si on développait trop [la station] une partie aurait été dans l'ombre et le ski n'aurait plus été possible. Or, on avait discuté avec Martzolf, et on savait que cet endroit serait une plaque tournante, compte tenu des différents bassins versants qui revenaient sur cette zone là. Donc il ne fallait pas occuper tout le terrain, et prévoir une densité importante. [...] J'avais prévu à l'époque autre chose. Ca n'a pas été fait, car c'est justement à ce moment là que M. Houbas est arrivé. Il était beaucoup moins visionnaire, plus réaliste...ça s'est simplifié dirons-nous ! C'est dommage parce qu'on aurait pu avoir un ensemble avec une zone piétonnière mieux organisée, un véritable forum, avec un théâtre...” se rappelle Michel Bezançon.
Suite au premier choc pétrolier, le Bonnet de Décembre 1974 annonce : “Afin de réduire notablement la consommation de fuel domestique, les responsables de la station principale de La Plagne ont pris des mesures afin de garantir un chauffage urbain correct pendant tout l'hiver. [...] La distribution a été réglée de telle sorte que la température n'excède jamais 19°. [...] Par contre dans ce plan d'économies il n'a pas été possible de maintenir en fonctionnement la piscine à ciel ouvert grosse consommatrice d'énergie (plus de 5% du chauffage urbain de La Plagne)”

1975
Le 15 Décembre 1975, la télécabine de Roche de Mio est ouverte aux skieurs. L'ouverture était prévue l'année précédente, mais d'importantes chutes de neige avaient arrêté les travaux en Septembre 1974. Poursuivant une ambition plus grande encore, La Plagne veut relier la nouvelle station de Plagne Bellecôte, au sommet du même nom et à ses glaciers. Roche de Mio n'est que le premier tronçon d'une télécabine de sept kilomètres, dont le coût total avoisine les 50 millions de Francs. L'objectif de l'aménagement des Glaciers de La Chiaupe et de Bellecôte est d'ouvrir “un stade de neige régional, fiable et ouvert toute l'année, accessible au plus grand nombre et évidemment utilisable pendant l'été”.
Par ailleurs, il est intéressant de voir l'évolution de la promotion de la station. Dans les premières années, on parlait de “bonheur”, de “joie de vivre”, on vantait la station où “vous êtes si bien que l'envie d'en partir ne vous vient pas à l'esprit”, celle où “ tous les loisirs se donnent rendez-vous sans exception du 1er Janvier au 31 Décembre”. A l'inverse pour vanter la nouvelle télécabine, la promotion se fait plus... terre-à-terre. On évoque “le vecteur essentiel pour la relance économique de la Savoie” et ces investissements qui “vont entraîner la création de 900 emplois permanents”.
1977
Au dessus de Montchavin quelques chalets privés ont été construits. Pour éviter un développement anarchique, on confie à Michel Bezançon et son équipe l'aménagement d'une nouvelle station au lieu-dit Les Côches. Son développement sera poursuivi après le départ de Michel Bezançon en 1985, aménagements ultérieurs qu'il juge sévèrement : “Au Côches on a fait n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment ! La commune a fait des garages de ratrack au meilleur emplacement qu'on avait gardé pour construire éventuellement un hôtel un jour...” Néanmoins, la SAP construit deux téléskis et une télécabine de liaison avec Montchavin.
1978
“16 Décembre, Jour J pour le Massif de Bellecôte”. La Plagne inaugure la télécabine de Bellecôte en grandes pompes : accueil de la presse à 10 heures, visite à ski du site et des nouvelles installations, inauguration officielle à 12 heures, en présence du ministre du tourisme, suivie d'un buffet. La Plagne a construit la quasi-totalité des remontées prévues : deux téléskis sur le Glacier de la Chiaupe, le télésiège de la Traversée et un téléski sur le Glacier de Bellecôte. On prend la précaution d'avertir les skieurs au sujet de ce domaine “qui ne doit pas être abordé comme les autres secteurs” dont les pistes “du fait de leur pente raide, ne peuvent pas être travaillées aux engins de damage [...] se creusent et sont parfois difficiles à skier”. On invite les skieurs moyens à essayer d'abord les pistes en “G5”, c'est à dire au col de la Chiaupe, que la SAP a aussi aménagé en construisant le télésiège du Chalet de Bellecôte.
Les investissements de La Plagne cette année là sont considérables, un véritable “bond en avant”. Outre l'aménagement du massif de Bellecôte, on construit cinq autres remontées, parmi lesquelles les télésièges des Bauches et du Carroley.
1980
Depuis 1971, la commune de Longefoy, et son maire Maurice Loyet, se démenaient pour faire avancer le projet de station de Montalbert, mais il s'enlise au fil du temps dans “des palabres, des discussions des disputes”. Première étape, le nécessaire rapprochement avec la commune d'Aime. En 1973, les deux communes voisines, mais adversaires depuis des siècles pour le contrôle de l'eau du Bief Bovet, fusionnent. “La commune de Longefoy [...] ne possédait pas seule la capacité financière suffisante pour assurer son développement” rappelle Jean Montmayeur, maire délégué de Longefoy auprès du maire d'Aime de 1977 à 1985, dans la brochure “Montalbert 20 ans déjà”.
Comme Bellentre dix ans auparavant, Longefoy se heurte d'abord au problème du foncier. Le développement d'une station sur des terrains privés était redouté par Maurice Michaud, qui avait poussé un “ouf de soulagement” en apprenant en 1960 que Mâcot possédait la totalité du plateau de La Plagne. Les difficultés sont telles, que la commune décide d'organiser un référendum le 31 Juillet sur l'opportunité de créer une station autour du hameau de Montalbert. Le verdict est sans appel : sur 87 votants, on compte 62 oui, 21 non et 5 votes blancs. La commune est confortée dans sa volonté de racheter l'ensemble des terrains. “Les prix proposés étaient bas (quatre Francs le m²) et 80% des propriétaires étaient des paysans encore en activité” ajoute Jean Montmayeur. Les travaux de la station commencent en Mai 1980, et Montalbert ouvre en Décembre. La SAP projetait la construction du télésiège deux places de Montalbert. Mais là encore rien n'a été simple. “L'arrêté de défrichement n'arrivait pas. [...] L'ONF faisait des difficultés pour donner l'autorisation”. Si bien que la commune a même envisagé une coupe clandestine pendant les congés de l'agent forestier !

1981
Une nouvelle station apparaît, à 2050 mètres, au-dessus de Bellecôte, une station de bois et de lauzes dite de quatrième génération : Belle Plagne “la nouvelle station de La Plagne, qui allie la beauté de l'architecture au confort le plus raffiné” dit la plaquette de présentation.
“Belle Plagne est quelque chose de tout à fait différent. On est sur un flanc de coteau bien exposé au Sud-Ouest. La station est étalée et entre l'étage le plus bas et l'étage le plus haut vous avez plus de cinquante niveaux ! L'astuce a été de mettre les voitures en dessous, ce qui permet de faire du ski sur le toit des parkings...” rappelle Michel Bezançon. Le centre de la station a été conçu comme un village, avec des placettes, des passages, des rues piétonnes, offrant des perspectives sur le paysage. La gare intermédiaire de la télécabine entre Bellecôte et de Roche de Mio, construite en 1982 a même été coiffée d'un beffroi factice...
1982
Trois innovations : La Plagne change de logo, adopte le slogan “toute la montagne en 10 stations”, et la première station, toujours nommé La Plagne depuis 1961, devient Plagne Centre.
La dixième station, c'est Plagne 1800, construite sur le site de la Mine inoccupé depuis sa fermeture. Dès 1980, l'UCPA s'y est installée en réhabilitant un bâtiment de l'exploitation minière. La SAP, qui n'est pas intervenue dans le développement de la nouvelle station, construit le télésiège de 1800.
1986
Le 17 Octobre, Albertville obtient l'organisation des Jeux Olympiques. C'est l'effervescence à La Plagne où doit être implantée la piste de bobsleigh. Même si la déception est grande de n'avoir pu décrocher une épreuve de ski, la station entend bien être à la hauteur de l'événement. Et après tout le bob pour les Plagnards c'est un retour aux sources. Et justement la piste doit être construite à La Roche, enroulée autour du vieux hameau, à quelques dizaines de mètres de la piste naturelle. Les études topographiques commencent en 1987, le site est déboisé dès l'automne 1988 et on pose la première pierre le 8 Novembre 1988. Les travaux vont durer trois ans.
1990
Les Créolies. Un nom qui pour la commune de Mâcot est synonyme de procédures judiciaires sans fin et d'alourdissement de la fiscalité locale. Ce projet immobilier était inédit à La Plagne par son gigantisme et son luxe : un hôtel cinq étoiles, qu'on aurait plutôt vu à La Défense. En Mars 1988, le promoteur reçoit l'autorisation du Maire, Isidore Bérard (en fonction de 1977 à 1989) et la caution de la commune pour un prêt de 45 millions de Francs. Encore aujourd'hui, l'opacité de l'opération étonne. Les travaux de ce monstrueux bloc de verre se déroulent sans problème jusqu'à la faillite du promoteur, laissant sur les bras de la commune un bâtiment à moitié terminé et le poids de la caution. Le bâtiment a été repris en 1999 par Nouvelles Frontières pour la construction du Terra Nova. Quant aux banques, elles ont naturellement poursuivi la commune de Mâcot pour obtenir le remboursement du prêt, ce à quoi celle-ci a été condamnée après une bataille judiciaire de seize ans.
La dernière station de La Plagne est créée : Plagne Soleil. “C'est mal conçu ! Les choses sont au mauvais endroit, la grenouillère n'est pas séparée des voitures... Le Président Houbas voulait s'en aller et il a commencé un programme de désengagement de la SAP, en vendant tous les terrains en sa possession à des promoteurs qui n'étaient pas toujours compétents. Mon projet sur ce secteur-là était un aménagement grand luxe, mais il n'a pas été retenu” précise Michel Bezançon.

Le Bief Bovet : 700 ans de conflit entre Aime et Longefoy
Voici le texte intégral de l'histoire du Bief Bovet que vous pourrez découvrir en vous promenant l'été le long de ce petit canal, entre les départs des télésiège du Fornelet et des Adrets. Les recherches historiques autour du Bief Bovet ont été effectuées par Christian Combet et le personnel de l'A.S.P. Montalbert, la réalisation du sentier par l'ONF.
“Construit de la main de l’homme entre les années 1240 et 1242 sous la surveillance de l’architecte Bovet, ce bief a remplacé un autre canal qui alimentait le village de Longefoy, mais il était devenu du fait de sa faible pente, d’un débit insuffisant. Le Bief Bovet, comme il fût appelé dès lors, vu ses dimensions, pouvait recueillir toutes les eaux en aval des Étroits. Ce sont les habitants de Longefoy qui, par corvées, ont participé à la construction de ce bief qui a longtemps servi à la protection contre les incendies. Le débit du canal était alors de 35 litres/sec, dix fois le débit actuel. Dès la mise en service du bief un procès éclata entre Longefoy et Aime. En février 1360, le Comte Amédée de Savoie autorise le « Seigneur du Bonnet » de Longefoy à faire dévier les eaux du nant des Frasses sur le Bief Bovet, à l’aide d’une tourne en bois. Le Sieur Montmayeur fut alors chargé de répartir équitablement les eaux entre Aime et Longefoy.
Le 17 Juin 1406, la commune d’Aime attaque en justice Longefoy « niant et repoussant » l’autorisation de 1360. Le jugement remet les deux parties dos à dos et nomme un nouveau répartiteur : Caucoz du Revers.
1550 : le procès reprend devant le juge de paix d’Aime et de violents incidents se produisent entre les habitants de Longefoy et du Revers.
En 1568 les forces seigneuriales doivent stationner plusieurs mois aux Envers pour maintenir l’ordre et édifient un chalet pour leur logement.
1569 : la Commune de Longefoy est condamnée, coupable de dévier le ruisseau. Par jugement du 14 Février 1577, le Sénat, par arrêté, maintient Longefoy en possession de l’eau provenant des Étroits et Aime de celles des Envers.
1785 : Longefoy fait creuser une tranchée ramenant les eaux des Envers en amont de la prise du bief. La commune d’Aime se pourvoit devant le Sénat par requête du 3 Juin 1786. Chaque municipalité fait établir un plan-masse des lieux et sources, Longefoy par le géomètre Pavet, Aime par le géomètre Maurice. Les deux plans sont en complet désaccord. Le procès dure jusqu’en 1792, date à laquelle la décision reste sursise et tout continue comme avant.
1838 : Longefoy recreuse la tranchée et reprend ainsi possession de la plus grande partie des eaux, mais pour peu de temps, car la commune d’Aime, déclarée propriétaire de ces eaux, démolit à nouveau cette tranchée.
1840 : La commune d’Aime acquiert les terrains du Revers jusque là propriété de Cauquoz. Entre 1840 et 1842, une répartition variable s’effectue selon les besoins des deux communes.
1843 : Cette trêve de courte durée est rompue : deux habitants du Revers sont pris en flagrant délit occupés à faire sauter la barre de bois qui partageait les eaux, donnant ainsi tout au Revers.
1847 : l’architecte Borel, nommé à la suite des différents procès entre les deux communes, fait une étude pour le partage des eaux. Des mesures de débit des sources des deux communes sont établies à l’aide d’une caisse en bois à trois reprises au cours de l’année : fin Mars 1847, début Aout et fin Novembre. Le ruisseau de Étroits au-dessus des dites sources débite en moyenne 11,4 litres/sec, et 45,92 litres/sec au-dessous. Les hameaux du Revers consomment 40,55 litres/sec, et deux moulins sont actionnés par le bief. Longefoy consomment 53 litres/sec, et six moulins fonctionnement grâce au Bief Bovet. Un recensement est effectué. MONTGILBERT : 84 habitants, 8 mulets, 76 bêtes à cornes, 68 chèvres, 23 moutons et 8 porcs. Consommation totale : 3688 litres/jour. PLANCHAMPS : 40 habitants, 5 mulets, 57 bêtes à cornes, 49 chèvres, 6 porcs. Consommation totale : 2475 litres/jour. MONTVILLIERS : 54 habitants, 13 mulets, 87 bêtes à cornes, 76 chèvres et 8 porcs. Consommation totale : 3922 litres/jour. LES ESSERTS : 34 habitants, 2 mulets, 28 bêtes à cornes, 25 chèvres et 4 porcs. LE CHATELARD : 9 habitants, 2 mulets, 19 bêtes à cornes, 16 chèvres et 2 porcs. LONGEFOY : 304 habitants, 52 mulets, 475 bêtes à cornes, 250 chèvres, 31 moutons et 84 porcs. Consommation totale : 18500 litres/jour. MONTALBERT : 238 habitants, 37 ânes et mulets, 45 bêtes à cornes, 195 chèvres, 25 moutons. LE BOIS : 35 habitants, 5 mulets, 41 bêtes à cornes, 80 chèvres et 16 moutons. MONTGESIN : 70 habitants, 8 mulets, 85 bêtes à cornes, 60 chèvres et 8 porcs. Consommation totale : 10108 litres/jour.
En Aout 1862, Longefoy, par l’intermédiaire d’un maçon de Champagny : Jean-Marie Chapuis, fait construire un barrage étanche, détournant la totalité des eaux, empêchant ainsi l’alimentation d’Aime. Les procédures et procès s’enchaînent pendant 40 ans. Dès le début des auditions des témoins de Longefoy, ceux-ci sont récusés par l’avocat d’Aime, pour le motif qu’ils ont été logés et nourris aux frais de Longefoy les trois jours précédents.
Le 7 Aout 1876, le tribunal de la Cour d’Appel de Chambéry, se rend sur place aux Envers, composé de deux juges, d’un greffier et de deux experts. Pour venir de Chambéry, il a fallut trois jours à cheval. Les juges et leur greffier gagnent les Envers en chaise à porteur depuis Aime. Durant trois jours, ce tribunal en plein air, entend 23 témoins pour Aime et 13 pour Longefoy. Les témoins d’Aime affirment avoir vu un barrage détournant les eaux du ruisseau vers le bief. Des entretiens ont lieu entre le maire d’Aime et des témoins de la commune. De plus un témoin d’Aime déclare que l’aubergiste lui a affirmé que « la commune paye » ses consommations… Un autre affirme avoir reçu du maire un bon pour aller manger du sérac et boire du lait à Prajourdan. La Cour d’Appel rend son jugement et redonne les Sources des Envers à Aime. Longefoy contre attaque et porte l’affaire devant la cour de Justice de Grenoble qui confirme l’arrêté de Chambéry. La Commune décide alors de reconstruire le barrage et l’affaire est portée devant la Cour Suprême de Lyon. L’huissier Asport de Moutiers, se présente pour remettre la citation à comparaître au maire de Longefoy. Ce dernier s’est absenté, les adjoints sont introuvables. Un conseiller de la commune, le Sieur Montmayeur prend la copie de la citation, refuse de signer l’original et l’arrache des mains de l’huissier et s’enfuit avec le tout. Pour défaut de procédure, Longefoy est condamné et doit faire construire un autre barrage de façon à ce que les eaux soient équitablement réparties entre Aime et Longefoy. Des conseillers de la Commune, font un très long séjour à Turin pour rechercher dans les archives les actes de 1240…qui sont introuvables. Un essai est effectué pour voir quel est le cour naturel des eaux. En présence des juges, des deux maires, on pose sur l’eau en amont du captage du bief, deux morceaux de papiers, les deux filent sur Aime et non sur le Bief Bovet. Le maire de Longefoy refuse d’admettre la vérité prétextant qu’il n’avait pas ses lunettes. Il produit au juge dix pages de certificats prouvant son incapacité à voir sans ses lunettes. En 1901, un accord entre les deux municipalités est trouvé pour le partage des eaux, mais il vole en éclats en 1904, avec un nouveau procès…
Depuis 1240, les procès et jugements se sont succédés sans que la situation ne s’arrange, les différends se terminent en 1973, avec la fusion des deux communes… En 1976, d’important travaux sont réalisés sur le bief avec l’intervention d’une pelle mécanique, le premier engin à travailler sur le Bief Bovet... L’eau qui alimente aujourd’hui ce bief, provient de deux sources : les Etroits, dureté 16°, 5,3mg de sulfate/litres et les Envers dureté 63°, 427 mg de sulfate/litres. Montalbert est alimenté par la source des Etroits la seul propre à la consommation, mais aussi par un captage d’eau sur le Versant du Soleil…”

Mars 1944 : le parachutage d'armes de La Plagne
Voici le texte qui est lu chaque année le 15 août à Plagne Centre lors de la commémoration du parachutage d'armes de mars 1944.
“Ce monument est dédié au maquis de La Plagne et à tous ceux qui luttèrent contre l’envahisseur nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est au début de 1943 que fut constitué le maquis de La Plagne par des patriotes résistants du Canton d’Aime qui avaient refusé d’accepter chez nous un régime totalitaire. Ce maquis était formé d’éléments qui pour des raisons diverses désiraient échapper au contrôle de la police au service de Vichy. C’est dans la nuit du 10 au 11 mars 1944 que ce parachutage tant attendu et désiré eut lieu dans les pâturages en amont de Plagne Villages par un magnifique clair de lune. Ce parachutage avait été décidé par Londres (Opération Raimu). Lors de la visite que leur avait faite l’officier de la Résistance chargé de choisir les lieux de parachutages pour notre région, deux terrains avaient été retenus : La Plagne et le Quermoz situé au dessus de Hautecour et les coordonnées de ces terrains furent envoyés à Londres.
Le terrain de La Plagne fut refusé par l’Etat-major sous prétexte qu’il était environné de hautes montagnes et que de la sorte les aviateurs auraient trouvé de trop grandes difficultés pour descendre assez bas et pouvoir larguer les containers avec précision. Pendant l’hiver 1943-44, un officier britannique parachuté à Saint Nazaire en Royan dans le Vercors, le Major Thachwaites (alias Proc ou Henri), officier d’un calme et d’un sang froid à toute épreuve, avait été désigné pour visiter le maquis et organiser le parachutage d’armes, d’explosifs et de matériel dont le maquis avait un besoin urgent pour les sabotages et qu’ils réclamèrent avec insistance, car s’ils avaient des hommes, ils manquaient cruellement d’armes. Au cours de sa visite, il vit l’importance du maquis de notre région, et promis d’intervenir auprès de ses chefs pour leur faire obtenir satisfaction le plus rapidement possible. C’est par hasard qu’il est revenu les voir dans la matinée du 10 mars 1944. Il était avec eux à leur PC, ils écoutaient les émissions de la BBC (Ici Londres, les Français parlent aux Français) qui émettaient les messages personnels leur annonçant les opérations. La phrase (« le chapeau à casquette »), qui leur était destinée fut émise, elle leur annonçait que le parachutage aurait lieu le soir même, mais il fallut cependant que le message soit confirmé vers 19h, ce qui fut fait. Il leur annonçait 13 forteresses volantes, mais sur le site du Quermoz à Hautecour. Ce terrain n’était pas préparé, difficile d’accès, très enneigé et sans aucun moyen pour cacher le matériel, alors que le terrain de La Plagne était idéal : loin des agglomérations, avec une route d’accès et un câble transporteur du minerai qui pouvait leur servir à apporter le matériel, le ravitaillement et bien souvent des personnes. De plus ils pouvaient utiliser les galeries de la mine mises à leur disposition par M. Goloubinow, directeur des mines, mais aussi lieutenant dans le maquis, qui devait trouver une mort glorieuse au combat de Laval le 4 août 1944. Les galeries leur étaient d’une grande utilité pour le camouflage de tout le matériel, d’autre part, ils pouvaient également y loger et ravitailler les équipes de résistants des environs venus en renfort. Ils ne leur restaient donc que deux solutions : soit faire annuler le parachutage, ce qui n’était pas pensable, soit le faire se diriger vers La Plagne, par tous les moyens possibles, La Plagne n’étant distante du Quermoz que de 10km à vol d’oiseau. Après discussions, il fut décidé d’attirer les aviateurs sur La Plagne en allumant des feux de balisage sur ce terrain. C’est avec joie qu’ils ont immédiatement averti tous les résistants AS et FTP de la Tarentaise pour qu’ils viennent nombreux les aider à récupérer le matériel dans un temps record car évidemment le bruit des forteresses volantes ne passeraient pas inaperçu des troupes occupantes dans la vallée. Les feux de balisage avaient été préparés avec du carbure et de la dynamite, car à cette époque il y avait encore 1,50m à 2m de neige sur le terrain et ils étaient dans l’impossibilité de faire les feux avec du bois. Vers minuit, après avoir entendu les avions se diriger vers le Quermoz, ils avaient allumé les feux de balisage. Un pilote, les ayant aperçu, se dirigea vers eux. Il lui firent le signal convenu avec une lampe électrique. Le pilote alerta aussitôt ses compagnons, et 12 forteresses volantes larguèrent 120 containers, et 12 tonnes de matériel. Le pilote de la 13e forteresses, trompé par les feux de l’usine de Pomblière Saint Marcel, largua ses containers sur celle-ci, qui furent hélas récupérés par les Allemands, mais qui eurent aussi peut être le mérite de détourner leur attention. Leur tache n’était pas terminé pour autant. Les containers étaient dispersés sur une grande surface dans les pâturages, car les aviateurs, comme prévu, n’avaient pu descendre assez bas pour les larguer avec précision. Il fallut récupérer et transporter le matériel à dos d’homme en ski et en raquettes pour le camoufler dans les galeries de la mine. Après le nettoyage et l’inventaire des armes, chaque section vint prendre l’armement qui leur était destiné. Les chefs de section pouvaient, sous les ordres d’un instructeur, s’instruire et faire du tir réel avec les armes qu’ils ne connaissaient pas du tout, dans les galeries transformées en stands de tir. Le travail avait été dur et gigantesque et des félicitations leur avaient été envoyées de Londres pour sa parfaite réussite. Voilà, Mesdames et Messieurs, le résumé de ce parachutage dont le souvenir est resté gravé dans les mémoires de tous ceux qui y ont participé, hélas de moins en moins nombreux. C’est pour cela que je vous demande un instant de recueillement. Merci.”
(Merci à Clément B.)

A lire

Dominique DROIN
Petite histoire de La Plagne en dix stations
La Fontaine de Siloé, 1999

Edmond BLANCHOZ
La Plagne, des hommes, des femmes, des rêves
Glénat, 2004
Ch. COMBET, C. BOUCHAGE
Montalbert, 20 ans déjà !
Brochure éditée par la Maison de Montalbert, 2000
A voir

Alain GONAY
La Plagne 1958-1972 : naissance d'une station envers et contre tout
Film Y.N. Productions / TV8 Mont Banc / Office du Tourisme de La Plagne, 2005
Pierre et Annie PLINATE
Montchavin : histoire d'une renaissance
1998
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Image issue du film d'Alain Gonay
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
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Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
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Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Edmond et Suzette Broche
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Merci à Edmond et Suzette Broche
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à Juliette Reibell et à Joel Favre
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Sources : site des Ecoles de La Plagne
Image issue du film d'Alain Gonay
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Image issue du film d'Alain Gonay
Merci à Michel Bezançon
Image issue du film d'Alain Gonay
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime
Merci à la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime